Une nouvelle histoire de la crise bancaire en France pendant la Grande Dépression

Des recherches antérieures ont minimisé le rôle des paniques bancaires et des facteurs financiers dans la Grande Dépression française. C’est pourquoi cet article s’appuie sur un nouvel ensemble de bilans de plus de 400 banques françaises de l’entre-deux-guerres pour remettre en cause cette idée ancienne.

Les résultats empiriques montrent deux vagues dramatiques de panique en 1930 et 1931, et indiquent l’existence d’un mécanisme de fuite vers la sécurité.

Les résultats illustrent comment des hypothèses macroéconomiques mineures et des extrapolations sur les statistiques monétaires peuvent influencer drastiquement l’économie mondiale.

Mais alors, La France est-elle à l’origine de la Grande Dépression ?

Les conflits d’intérêts des banquiers dans l’entre-deux-guerres pourraient bien nous donner de nouvelles leçons pour résoudre la crise aujourd’hui.

Pourquoi une panique bancaire conduit-elle à une crise économique ? Cela entraîne-t-il toujours un resserrement du crédit ? Les interprétations traditionnelles – enracinées dans l’analyse des paniques bancaires des années 1930 aux États-Unis – soulignent le rôle des facteurs monétaires (Friedman et Schwartz en 1963) et non monétaires (Bernanke en 1983). Les faillites bancaires sont au cœur des deux interprétations.

Leur effet monétaire est de réduire la base monétaire par le gel des dépôts ; leur effet non monétaire est d’augmenter le coût de l’intermédiation en raison de l’asymétrie d’information.

La récente crise financière a poussé les chercheurs à étudier un autre mécanisme, dans lequel les faillites bancaires jouent un rôle moindre. Ce mécanisme met en lumière le rôle de la fuite vers la sécurité – ou de la fuite vers la qualité – tant sur le marché interbancaire que dans les portefeuilles des investisseurs. Ce qui compte, c’est la course vers des actifs plus sûrs (Caballero et Krishnamurty 2008, Gorton et Metrick 2012, Mitchener et Richardson 2016) causée par la perception accrue du risque systémique.

Notre enquête sur la panique bancaire en France dans les années 1930 révèle également que la fuite vers la sécurité (plutôt que les effets monétaires des faillites bancaires) a été le principal mécanisme de transmission de la crise.

Dans le cas français, le canal n’était pas le marché interbancaire, encore sous-développé dans l’entre-deux-guerres (Ungaro en 2018), mais le transfert des dépôts des banques vers les caisses d’épargne non bancaires et la banque centrale. Les banques n’étaient pas réglementées à l’époque, tandis que les caisses d’épargne étaient soumises à une réglementation et bénéficiaient d’une garantie implicite de l’État parce que leurs actifs devaient être investis en titres d’État ou en liquidités à la disposition du Trésor. Un très grand nombre de banques ont fait faillite, mais le volume des dépôts gelés en raison de faillites n’était pas quantitativement important par rapport au montant des dépôts qui ont fui le système bancaire vers des institutions sûres.

La panique bancaire ayant entraîné un rééquilibrage des dépôts entre le système bancaire et le système non bancaire, la masse monétaire globale n’a pas diminué. Mais les prêts l’ont fait. La banque centrale et les caisses d’épargne ont investi leurs nouveaux fonds dans des réserves d’or et des liquidités auprès du Trésor. Le Trésor a utilisé la trésorerie des caisses d’épargne pour rembourser la dette publique négociable. Aucune autre institution financière n’a remplacé le système bancaire comme intermédiaire financier pour les prêts aux entreprises.

Ainsi, le total des prêts aux entreprises a fortement diminué alors que les dépôts globaux dans l’économie stagnaient. Le ratio crédit/monnaie est passé de 60 % avant la crise à 40 % en 1931, et il est resté à ce niveau tout au long des années 1930. La panique bancaire et la fuite vers la sécurité ont en effet provoqué une crise majeure du crédit.

William Fowler

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